Entretien du ministre de l'Economie et des Finances : M. Mamane Laouali ABDOU RAFA brosse la situation financière et économique du Niger et annonce de bonnes perspectives.

Le ministre de l'Economie et des Finances, M. Mamane Laouali ABDOU RAFA était, mardi 19 mai 2026, sur le plateau de la Radiotélévision du Niger (RTN) pour faire le point sur l'état de ta situation économique du Niger, eu égard au double choc auquel le pays est confronté depuis plusieurs années. Il s'agit notamment de la situation sécuritaire qui affecte fortement les finances publiques et le choc climatique avec pour corollaire la faible productivité agricole. Le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA a aussi évoqué les perspectives de l'économie nigérienne avec le Programme Grande Irrigation et les secteurs pétrolier et minier.

La situation économique du Niger au lendemain des événements du 26 juillet 2023 est caractérisée par deux chocs majeurs en l'occurrence le choc sécuritaire et climatique. En effet, la situation sécuritaire qui prévaut au Niger en particulier, et dans l'espace confédéral en général, affecte les capacités productives et les conditions sociales de notre pays, mais également les chocs climatiques qui sont récurrents. Une année sur deux, a dit le ministre de l'Economie et des Finances, on a soit une inondation ou des poches de sécheresse qui affectent les capacités productives du pays. Et plus de cela, il y a eu, au lendemain des événements du 26 juillet 2023, les sanctions communautaires qui, pendant près de huit mois ont affecté la vie économique et financière du Niger. Durant cette période, les opérations financières, les transactions commerciales, tout a été suspendu. Et les autorités ont mis en place un plan d’urgence et de résilience qui a permis de surmonter ces huit mois d’épreuve.

Malgré tous les pronostics, a expliqué le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA, le taux de croissance du Niger a été positif. Mieux, en 2024, l'économie a rebondi avec un taux de croissance de 10,4%. Cette performance s'explique par les ressorts ou bien la structuration même de l'économie nigérienne. « Nous avons l'avantage au Niger d'avoir un secteur agricole au sens large : agriculture, élevage, pêche et forêt, qui fait à peu près 38% de l'économie. Et sur la période concernée, 50% de ces taux de croissance en moyenne proviennent du secteur de l'agriculture. Parce qu'on a l'avantage d'avoir des milliers de producteurs qui sont étalés sur la grande surface dont Dieu nous a gratifiée. Et donc de ce fait, nous avons une panoplie de productions qui, quels que soient les chocs que l'économie subit, arrivent à maintenir un certain niveau acceptable de production », a expliqué le ministre de l'Economie et des Finances.

Et ensuite, il y a le secteur pétrolier qui a commencé en 2011, mais dont la montée en puissance est intervenue en 2024 avec le démarrage de l'exportation. « Donc ces deux secteurs combinés ont permis de maintenir une résilience de l'activité économique en donnant des ressorts aux autres secteurs, notamment les secteurs du commerce, les secteurs financiers, les secteurs de transport », a-t-il précisé.

C'est pourquoi, en 2024, le Niger a eu un taux de croissance record de 10,4%, à la faveur des actions qui ont été conduites par le gouvernement, notamment le programme phare du Président de la République, Chef de l'État, le Général d'Armée Abdourahamane Tiani, en l'occurrence la grande irrigation qui a été « un Game changer » au Niger parce qu'il est venu élargir le secteur agricole. Mieux, pour l'année 2025, le taux de croissance du Niger était de 6,9%.

Ce qui est important à souligner, c'est que le Niger va maintenir pendant les cinq prochaines années un taux de croissance autour de 6% en moyenne. Et c'est largement au-dessus de la moyenne dans l'espace de l'UEMOA. D'aucuns pensent que le taux de croissance qui, de 10,4% en 2024 est passé à 6,9% en 2025 constitue un recul.

Cependant, le ministre Mamane Laouali ABDPI RAFA estime que ce n'est pas un recul, précisant qu'en économie, on appelle ça l'effet d'échelle. A titre illustratif, lorsqu'on a commencé l'exportation du pétrole brut, on est passé d'une production de 20 000 barils par jour en moyenne ou en cap, c'était la capacité de la Soraz. Avec la construction des pipelines qui ont une capacité 100 000 barils par jour, la production a augmenté.

Revenant sur le taux de croissance du Niger, le ministre de l'Economie et des Finances a souligné qu'en 2024, le secteur de l'agriculture à lui seul représente 5,5% du taux de croissance qui était de 10,4%. Autrement dit 5,5% provient de l’agriculture. Cela s’explique par l’effet positif induit par le Programme Grande Irrigation.

Par ailleurs, le Ministre Mamane Laouali ABDOUR RAFA a rappelé qu'à la suite du lancement de l'exportation du pétrole brut, le gouvernement a eu un prêt de 400 millions de dollars. Ces ressources, ont été injectées dans l'économie au lendemain des sanctions. « Le pays était fermé, il n'y avait pas d'opérations financières, les comptes de l'État étaient gelés. Et dès qu'on a ouvert, on a levé les sanctions, on a engagé les exportations, ça a permis au Niger d'engager ces 400 millions de dollars. Ce qui a permis de régler les dépenses de l'État, de régler les arrêts, d'assurer la sécurité du pays et aussi, il ne faut pas oublier que dès les premiers instants, il y a eu des mesures très audacieuses et hardies en termes de soutien », a-t-il rappelé.

La dette intérieure et extérieure du Niger

La dette intérieure participe de l'engagement de l'État vis-à-vis des tiers. Elle est constituée de la dette fournisseurs. Par exemple, il y a un opérateur économique qui a postulé à un marché public, qui a livré sa marchandise à l'État. L'État lui donne un titre de créance de paiement sur le trésor, l'État doit le payer.

Quant à la dette extérieure, elle renvoie à l'ensemble des emprunts et engagements financiers contractés par un pays pour assurer les fonctions régaliennes comme la sécurité, l'éducation, la santé, l'hydraulique etc. L'État fait ses dépenses sur ses ressources propres. Le ministre de l'Economie et des Finances a expliqué que la structure de l'économie du Niger a des avantages en termes de résilience, elle a aussi des inconvénients. En termes de mobilisation de recettes internes, a-t-il expliqué, 40% du PIB du Niger échappe à la fiscalité du fait qu'on pratique une agriculture de subsistance, la commercialisation est faite de façon parcellaire et non formalisée.

« Là où nous gagnons les ressources, c'est sur les secteurs formels. L'IUTS comprend les fonctionnaires, l'ISB sur les quelques entreprises, la TVA. Ces ressources sont insuffisantes pour faire face aux besoins du Niger. Voilà pourquoi le Niger, dans le cadre de la coopération, contracte des dettes. La dette permet de corriger des distorsions », a relevé le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA, précisant que pour les investissements, des orientations ont été données aux membres du gouvernement pour que les ressources soient injectées dans les secteurs productifs afin de supporter la charge de la dette.

Le ministre a ensuite souligné qu'en avril 2024, le gouvernement a fait un premier reprofilage de presque 700 milliards de FCFA sur la dette du marché. Il faut retenir que l’ennemi en matière de financement, c’est les défauts de paiement.

En 2025, la dette publique s’élevait à 5913,27 milliards de francs CFA. Elle se décompose ainsi : 3 173,39 milliards pour la dette extérieure et 2 739,4 milliards pour la dette intérieure. Le Ministre de l’Economie et des Finances a indiqué qu’un programme de paiement de la dette est prévu pour la crédibilité de l’Etat.

Le programme Grande Irrigation comme facteur de viabilité de l'économie

Le Niger dispose d'une production agricole variée. A titre d'exemple, le ministre de l'Economie et des Finances a indiqué qu'au Niger on produit plus de 5 milliards de kilogrammes de mil et de sorgho par an. La production en moyenne est de 3 439 000 t de mil, ça fait 3 439 millions de kilogrammes, de mil. Pour le sorgho, la production en moyenne est de 1 781 000 t. La grande irrigation, a-t-il dit, a permis de développer, sur la base des aménagements qui ont été faits, des cultures qui viennent en complément des cultures privilégiées. Il s'agit entre autres du poivron, de la tomate, la pomme de terre, du chou, du gombo, du blé, du sésame, du riz etc. Bref, le Programme Grande Irrigation est un « Game changer » parce qu'il a eu des effets positifs sur l'agriculture et l'élevage, deux secteurs majeurs de l'économie nigérienne. La suite du processus consiste à la transformation du mil et du sorgho à travers la mise en place d'unités industrielles.

Par rapport aux finances, le ministre de l'Economie et des Finances a précisé qu'en 2023, le gouvernement était obligé de faire un collectif, une loi de finances rectificative pour diminuer le budget pratiquement de moitié parce qu'il fallait extirper les ressources extérieures qui étaient désormais suspendues. « Il fallait tenir compte de la réalité des recettes internes. Donc, le budget est passé de 1 981 milliards de FCFA en 2023. Mais à partir de 2024, le budget est remonté à 2 913 milliards de FCFA. Et de façon provisoire, on est à· 2 749,6 milliards en 2025 parce qu'on n'a pas encore fini l'intégration des opérations, des projets et autres. Pour 2026, il est prévu un budget de 2 922 milliards », a expliqué le ministre de l'Economie et des Finances.

Les mesures politiques pour relever les défis structurels de l'économie

Les mesures politiques pour relever les défis de l'économie nigérienne sont contenues dans le Programme de la Refondation de la République, matérialisé en quatre axes à savoir le renforcement de la sécurité et de la cohésion sociale, la promotion de la bonne gouvernance, le développement des bases de production pour la souveraineté économique et l’accélération des réformes sociales.

Le Ministère de l’Economie et des Finances connait aujourd’hui une réorganisation de services. C'est ainsi qu'il a été créé une direction générale de la dette publique et du financement, la direction du financement du marché. A cela viennent s'ajouter des mesures visant à ne plus accumuler des arriérés et la reforme liée à la CARENI. Bref, le ministère est en train d'optimiser tous les ressorts de l'économie nigérienne avec les ministères des Mines et du Pétrole. Les discussions ont permis de mobiliser des ressources qui n'étaient pas mobilisables avant. Ce qui explique, a dit le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA, la souplesse ou la facilité dans le paiement de salaire. L'une des reformes est aussi la modernisation du secteur de la douane avec l'intégration des outils informatiques modernes ainsi que la qualité de la ressource humaine, la réforme liée aux impôts et au foncier, etc.

La mobilisation des ressources internes

Le principe de la souveraineté passe par la capacité du Niger à mobiliser les ressources internes pour faire face aux dépenses régaliennes de l'Etat et engager des actions de développement. Cependant, précise le ministre de l'Economie et des Finances, les ressources extérieures ne sont pas mauvaises en soi. « Parce qu'il y a des partenaires avec qui on n'a pas de problème. La souveraineté, effectivement, c'est de traiter avec tout le monde dans le respect des uns et des autres. Dans le respect de notre souveraineté, dans le respect de nos choix économiques, politique et financiers. Mieux, le ministère de l'Economie et des Finances est à pied d'œuvre pour élargir l'assiette fiscale à travers la découverte des niches, des choses qui sont sous-fiscalisées », a-t-il dit.

En ce qui concerne l'évolution des recettes de l'Etat, le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA a indiqué qu'en 2023, les recettes fiscales mobilisées par la DGI étaient de 735 milliards de FCFA et celles par la DGD étaient de 187 milliards de FCFA. Il y a aussi les recettes de la DGTCP et les recettes non fiscales qui font à peu près une quarantaine de milliards. En gros, 988,5 milliards de FCFA ont été mobilisés en termes des ressources internes en 2024. Pour 2025, les recettes fiscales sont de 1 340,7 milliards de FCFA.

Un secteur bancaire et financier résilient

Le secteur bancaire et financier a été fortement affecté à cause des sanctions prises contre le Niger au lendemain des événements du 26 Juillet 2023. C'est pourquoi, le ministre de l'Economie et des Finances a salué la résilience de ce secteur. Les banques reçoivent des ressources de l'extérieur qui étaient carrément coupées. Elles reçoivent les règlements des exportations qui viennent. « Mieux, les sanctions ont entraîné quelque chose qu'on n'a jamais vu au Niger. C'est les craintes sur les dépôts. Or, ce sont les dépôts qui font fonctionner les banques. Ils permettent aussi de financer l'économie », a expliqué le ministre.

Pour ce qui est de la modernisation de l'économie, elle passe aujourd'hui par l'utilisation des terminaux de paiement électronique dans les transactions et les opérations. A ce niveau, il faut préciser que le taux d’inclusion financière au Niger est à moins de 17%. Ce qui veut dire que ce n’est pas tous les nigériens qui ont l’âge d’avoir un compte, qui ont un compte. Le premier problème, a dit le Ministre de l’Economie et des Finances, c’est la faible bancarisation. C'est pourquoi, l'Etat est en train de développer la stratégie d'inclusion financière. Il faut aussi soutenir l'émergence des nouveaux acteurs pour améliorer la santé financière de l'économie nigérienne.

Reprise de la coopération avec les institutions financières et perspectives

Aujourd'hui, le Niger a pratiquement repris la coopération avec toutes les institutions. « Nous réaffirmons clairement les directives qui nous ont été données par les autorités, celles du respect de la souveraineté de l'État du Niger. Cela veut dire qu'aujourd'hui, l'État du Niger fait ses propres choix et que nous faisons cette coopération dans le respect de nos priorités », a ajouté le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA. Avec la banque de l'AES, les trois pays sont en train de travailler pour l'intégration des économies du Niger, du Mali et du Burkina Faso.

En définitive, le ministre Mamane Laouali ABDOU RAFA a souligné que le Niger a de belles perspectives devant lui d'un point de vue économique. « Je ne pouvais même pas imaginer, aujourd'hui, dans les trois prochaines années, le niveau qu'on va atteindre en termes de production d'uranium. Nous étions, avant les événements du 26 juillet 2023, autour de 2 600 t. Potentiellement, on peut frôler les 10 000 tonnes par an. Donc, vous voyez l'effet que cela va faire. Et les sociétés sont là. Ce ne sont pas des sociétés fictives.

Dans le domaine de l'or, nous allons passer de moins d'une tonne, aujourd'hui, à peut-être des dizaines de tonnes. Et ce n'est pas le seul secteur. Il suffit simplement que les Nigériens se mettent au travail et aimer ce pays », a souhaité le ministre de l'Economie et des Finances.

DACD/RP/ME/F

Source : Le Sahel n°11.127 du lundi 25 mai 2026. Page 5.